2010, année Chopin18 septembre 2009
Chaque année représente l’occasion de mettre à l’honneur un compositeur particulier, et depuis déjà un certain temps, le monde musical prépare activement 2010. En effet, en 1810 naissait le compositeur et pianiste désormais plus que célébré Frédéric Chopin. L’année prochaine sera donc son année, et nous « découvrirons » toute l’étendue du génie de Chopin et sera jouée et rejouée l’intégrale de son œuvre. Non pas que cela me gêne, Chopin est un compositeur avec qui j’ai une connexion particulière, mais pourquoi 2010 servirait de prétexte à mettre en avant Chopin alors qu’elle pourrait permettre de faire connaitre d’autres compositeurs moins médiatiques mais tout aussi intéressants?
En feuilletant mon histoire de la musique du vingtième siècle, j’ai pu y trouver au moins trois anniversaires importants. Peut-être un centenaire est-il moins impressionnant qu’un bicentenaire, mais toujours est-il qu’en 1910 naissaient Samuel Barber et Pierre Schaeffer par exemple, mais aussi mourrait Mily Balakirev. Ces gens seraient-ils négligeables dans l’histoire de la musique au point qu’on ne leur accorde pas la chance de fêter les 100 ans de leur naissance ou de leur mort? Ou bien est-il plus facile et plus commercial de décréter qu’il faille célébrer un compositeur déjà beaucoup joué et connu de tous?
Je vous invite donc pour 2010 à (re?) découvrir l’œuvre de ces trois illustres personnages. J’ai déjà parlé de Pierre Schaeffer assez longuement dans un article sur la musique concrète, mais faisons quelques petits rappels. Pierre Schaeffer a révolutionné le monde musical et influencé la musique de toute la seconde moitié du vingtième siècle. Père de la musique concrète, il fait intervenir pour la première fois l’électronique comme interprète central de l’œuvre. Sa théorie des objets musicaux est un véritable bijou et son travail a fondamentalement influencé toute une génération de compositeurs révolutionnaires: Stockhausen, Nono, Berio entre autres (merci Donaueschingen) ou plus directement Henry ou Mâche. D’autres compositeurs utiliseront sa démarche pour avancer vers des espaces encore inconnus: Messiaen et son oeuvre Timbres – Durées (Première œuvre à découpage spatial réalisé sur magnétophone à trois plateaux), Varèse et Déserts, première œuvre mêlant instruments acoustiques (en l’occurence un orchestre) et bande, et même, Boulez qui signe sa symphonie mécanique en 55.
Samuel Barber est considéré comme un des compositeurs américains les plus importants du vingtième siècle. Vous connaissez certainement son fameux adagio pour cordes, mais si elle a occulté le reste de son travail, il convient d’aller creuser un peu plus profond. En tant que pianiste, je me suis intéressé bien sur aux pièces concernant mon instrument en priorité! Barber a étudié le piano au Curtis Institute, et lui rend hommage à de nombreuses reprises au cours de sa carrière. Je vous conseille sa sonate ou son concerto pour piano, véritables chef d’œuvres trop peu joués aujourd’hui. Essayez aussi les excursions toutes aussi formidables.
Enfin le petit dernier de ma liste, Mily Balakirev, mort en 1910 est un personnage central de la vie musicale russe. Amis pianistes, Islamey vous dira bien quelque chose… Balakirev s’inscrit dans l’héritage de Glinka et à la mort de ce dernier en 1857 il fonde l’un des plus importants groupes de compositeurs de l’histoire musicale romantique: le groupe des cinq. Glinka avait transmis à Balakirev son fort nationalisme et l’avait convaincu de la nécessité pour la Russie d’avoir une école indépendante de celles de l’Europe. Balakirev rencontra alors 4 autres compositeurs partageant ses vues: Cui, Borodine, Rimsky-Korsakov et Moussorgski. Luttant contre l’académisme dans le cursus des compositeurs, son magnétisme et sa personnalité lui permirent d’insuffler à ses camarades une créativité musicale hors du commun.
Je vous laisse glaner des extraits musicaux ça et là et vous souhaite une bonne écoute en compagnie de trois compositeurs pas aussi médiatiques qu’un Chopin, mais qui eux aussi pourraient marquer l’année 2010.



18/09/09 - 15:13
Il y a aussi le bicentenaire de naissance de Schumann en 2010… mais je prévois qu’il sera tout à fait éclipsé par l’« anniversaire » Chopin.
20/09/09 - 10:35
à découvrir également, le Pierre Schaffer… écrivain, romancier.Je n’ai lu qu’un seul de ses trois romans : Prélude, choral et fugue.Je n’ai été convaincu qu’à moitié, mais bon, c’est intéressant.
4/10/09 - 23:35
Contrairement à ce que pourrait penser le musicien enfermé dans son microcosme, 95% de la population au moins n’a jamais entendu une oeuvre de Chopin (hormis quelques sempiternels tubes constamment rabâchés, généralement les pièces les moins intéressantes du compositeur).c’est vraiment une attitude très pédante de vouloir se priver du seul évènement qui pourrait permettre de faire connaître l’oeuvre de Chopin au grand public, tout ça pour privilégier des compositeurs confidentiels (qui évidemment méritent aussi d’être célébrés à leur niveau)
3/01/10 - 19:17
Tout à fait d’accord avec Arvo mais pas avec Lucie: nous n’oublierons pas Robert Schumann (à l’inverse de Chopin lui-même!), ni Mendelsohn, ni Liszt, ni Alcan, ni…
8/03/10 - 15:10
Comme le disait Piotr Anderzevski (pardon pour l’orthographe) dans un documentaire diffusé sur Arte : « Chopin, c’est d’un vulgaire ! » – ce qui ne l’empêche pas d’en être un merveilleux interprète. (vulgus = le peuple en latin)
Personnellement, Chopin m’ennuie :
http://emmanuel.savoye.free.fr/blog/?post/2010/03/08/L-année-Chopin