Analyse musicale: la stratégie au piano1 mai 2009

© Romain Guy
Après une longue conversation avec un étudiant au sujet de l’analyse musicale, j’ai eu besoin d’écrire un peu sur le sujet. Pourquoi l’analyse musicale est-elle si utile pour l’interprète? Pourquoi il ne faut pas nier sa nécessité? Analyse musicale: la stratégie au piano, oui, car c’est bien ce que me permet de faire ce travail d’analyse: élaborer une stratégie pour chaque œuvre, pour chaque concert.
Entrer sur scène sans réel plan est un petit suicide public. En plus du travail que vous connaissez bien, c’est-à-dire celui de l’artisan, le pianiste se doit également d’être un bon stratège. Ménager sa monture, porter l’estocade, prendre à revers le public, tout ça se réfléchit un peu, et l’analyse nous aide grandement à réaliser notre plan. Savoir où est le point culminant d’une œuvre, comment elle se découpe, nous ne laissons pas tout ceci au hasard, notre stratégie sonore en dépend. Nous faisons ce travail à toutes les échelles: un mouvement, une œuvre complète, et un programme et parfois même une saison ou une carrière complète. Peu de place pour l’inspiration, je sais que ça déçoit certains, mais comprenez que l’inspiration joue un rôle important, mais sur d’autres paramètres.
On parle également très souvent de l’unité d’une œuvre. L’analyse nous permet de découvrir comment le compositeur réalise l’unité de son œuvre, et donc de comprendre la logique intégrant les mouvements dans le tout de l’œuvre, pour finalement retransmettre cette logique vers le spectateur ou l’auditeur.
Le compositeur pense en termes de structures et de formes (entre autres) pour donner une colonne vertébrale à son œuvre. L’interprète se doit de comprendre cette colonne vertébrale pour ne pas faire de l’œuvre un tissu musical informe, et il doit pouvoir retransmettre toute l’intelligence de la structure au public.
Et vous, amis musiciens qui me lisez, comment intervient l’analyse dans votre travail?



3/05/09 - 12:17
Je vous rejoins tout à fait dans l’analyse des oeuvres à interpréter ; cela fait partie intégrante du travail d’interprétation.
Par contre, je dois avouer que je n’ai pas vraiment de stratégie pour aborder un récital… Je préfère essayer de tout oublier, et me laisser porter par l’instant présent ; les réflexes fondamentaux concernants la construction architecturale de l’oeuvre sont en principe acquis, et peuvent ensuite laisser place à une spontanéité, et à une grande liberté dans l’interprétation.