Entrer en scène24 septembre 2009
Soir de concert, dans la loge. Ce soir, un récital longuement préparé ces dernières semaines. Derniers instants avant de monter (ou descendre d’ailleurs) vers la salle. On frappe a la porte. Un coup d’œil dans le miroir, vérification ultime de notre accoutrement, dernier contrôle de la présence de nos grigris et autres nécessités. C’est l’heure d’y aller. Encore quelques instants d’attente dans les coulisses, le régisseur nous fait signe, la porte s’ouvre, il faut entrer en scène. Premier contact avec le public de la salle, souvent première impression vivante du public sur le pianiste qui va jouer ce soir. Quelques mètres nous séparent du piano, à peine quelques mètres, mais une peur inconcevable s’empare de nous: comment allons-nous aller jusqu’au piano?
Quelle soit énergique à la Gavrilov ou lente et charismatique à la Benedetti, la façon de parcourir la distance de la porte de la scène au piano est une hantise. Je n’ai, pour l’instant, jamais réussi à entrer d’une manière tout-à-fait naturelle. Savoir que plusieurs centaines de paires d’yeux sont en train de scruter vos moindres pas me soumet à une pression inégalée. Ca peut paraitre ridicule, car entrer est peut-être techniquement la chose la plus simple à faire dans un récital, mais un milliard de questions se posent en même temps: Passer à droite du siège et saluer devant le piano, ou rester derrière le tabouret pour saluer? Une main sur le piano pour le salut ou pas? des petits pas ou des grands? rapides ou lents? Un salut en se penchant très bas ou un simple signe de reconnaissance comme une main sur le cœur et un petit signe de tête? L’air concentré ou sympathique et souriant?
Certains répètent leur entrée en scène, comptent le nombre de pas et chronométrent le tout pour qu’elle ne soit ni trop longue, ni trop courte. Toute une stratégie se développe alors, le pianiste se transforme en acteur pendant quelques secondes. Mais finalement, cette appréhension bénigne n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt? Je veux dire n’est-ce pas un moyen de nous détourner de ce qui nous fait en réalité vraiment peur, c’est-à-dire jouer?
Je ne sais pas vraiment, car sortir de scène est également problématique, puis y revenir pour les rappels, les bis… Pourtant le plus gros est derrière nous à ce moment-là! Mais qu’est-ce-qui nous effraie donc?



25/09/09 - 11:39
C’est intéressant de partager ce moment si particulier ! Qui va piano … Va sano, c’est bien connu !