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La solitude du pianiste11 novembre 2009

La vie du pianiste | 6 Commentaires | Tags:

loneliness1Une discussion revient assez souvent avec les gens qui me connaissent et me voient évoluer. Je travaille seul, je joue seul, j’aime être souvent seul, mais cette solitude n’est-elle pas un peu pesante? Il est vrai que je ne vois pas souvent mes amis, que je ne suis pas un partisan des rassemblements importants et que je fuis les endroits surpeuplés. Mais d’un autre coté, j’aime leur téléphoner ou leur écrire.

Pour certains ma vie serait invivable, ils ont trop besoin de leur tissu social, mais moi, j’ai grandi sans frère et sœur, je n’étais pas très populaire à l’école, j’ai appris à vivre dans un milieu où les contacts sociaux étaient assez restreints. Je jouais tout seul et au contraire des autres enfants je ne connaissais pas l’ennui. J’ai découvert l’ennui bien plus tard, paradoxalement dans une période pendant laquelle je me suis beaucoup ouvert aux autres.

Non pas que je sois asocial ou « socialement inadapté », loin de là, mais je me sens bien quand je suis seul. Les heures passées au piano sont toujours un plaisir et je sais que je dois me ménager des espaces de solitude après mes plages de travail, car chaque musicien vous le dira, il nous faut au moins une petite demi-heure après la dernière note jouée pour vraiment sortir de notre travail. Me déranger en plein travail: erreur que mes amis ne commettent plus. Je suis dans ces cas-là bougon et réponds au plus vite et pas toujours au plus sensé pour pouvoir me remettre dans mon activité le plus rapidement possible.

Je reste persuadé que l’on choisit son instrument en fonction de son caractère propre. Il me semble que si je n’aimais pas cette solitude qui m’entoure, je n’aurais en aucun cas voulu devenir pianiste. J’aurais choisi un instrument qui permet une meilleure socialisation, comme un instrument à vent par exemple. Le pianiste même dans un groupe de musique de chambre reste toujours un peu « étrange ». Et finalement j’aime ça, être seul à bord!




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6 Commentaires Sur “ La solitude du pianiste ”

  1. Avatar Snoopy07

    Bonjour,je me retrouve tout à fait dans votre article, ainsi qu’un précédent article « Quand j’étais petit… ». Enfant unique également, j’ai trouvé dans la musique et le piano un compagnon indispensable à mon équilibre personnel. Cet instrument nécessite beaucoup d’investissement personnel mais c’est aussi un bonheur quotidien. Mais j’ai toujours beaucoup de réticence à partager ces instants. J’ai crée récemment un blog pour m’ouvrir aux autres et m’enrichir de leur critiques et commentaires (http://snoopy07.musicblog.fr). Néanmoins, je crois que ma relation avec la musique et mon piano restera malgré tout une histoire très intimiste.Je ne suis qu’un modeste amateur et j’essaie d’y consacrer 1h quotidien. Je rêvais également naïvement dans ma jeunesse qu’en ayant atteint un certain niveau, l’apprentissage et l’exécution deviendraient de plus en plus facile et rapide. Mais plus je progresse dans cet art, plus je me rends compte de l’étendue de mes défauts de mon ignorance et de mes limites, et c’est tant mieux : quelle belle entreprise pour moi, simple mortel marqué par l’imperfection, que de tenter d’approcher de la beauté universelle ? Quelle émotion, lorsqu’en de rares moments, on a touché un instant ce Nirvana !Une simple question : avec autant d’expérience, continuez-vous de travailler de la même façon que nous autres amateurs ? C’est à dire main séparés d’abord, puis mains ensembles très lentement et en augmentant progressivement le tempo ?Bien amicalement, en vous souhaitant de trouver votre chemin durant cette année sabbatique.

  2. Avatar Pierre-Arnaud

    Jouer très lentement mains ensemble est pour moi une base essentielle, un travail irremplaçable que j’effectue bien évidemment toujours. Quant aux mains séparées, je n’en éprouve plus vraiment le besoin. Plus généralement, le travail d’un professionnel et celui d’un amateur n’est pas orienté dans le même sens donc diffère sur de nombreux points, ce qui me semble normal, non?

  3. Avatar Sacha Menny

    Il en est de même pour moi, par exemple quand j’écoute un choral prélude de Bach joué par Alfred Brendel, ou encore les concertos Italiens interprétés par Alexandre Tharaud je sens une forêt d’émotions entretenir mon âme de solitaire … moi qui rêve de jouer la musique de Bach en la fesant chanter … Moi même compositeur (vous le verrez sur mon blog si vous avez l’occasion d’y aller) j’aime Bach plus que tout, bien sûr Chopin et Mozart me touchent profondément, mais Bach c’est un mystère que je voudrais résoudre … Je prends des cours avec un grand professeur pour trouver ma voix … ma solitude amie, pour que je puisse lui conter mes envies de vie,  et servir Jean Sébastian Bach à ma mesure … tout simplement faire de la musique …

  4. Avatar Imbami

    Je ne pense jamais qu’un pianiste est seul. Chaque minute pendant lequelle je joue est un dialogue avec moi. je esssaye de mettre tous mes sentiments dans ce que je joue. Et quand je vois que je n’ai pas beaucoup d’amis je pense que j’ai un ami que peu de gens ont: moi-m^eme.

  5. Avatar Arthur

    Étudiant a l’école normale tout comme vous l’avez été je me retrouve tout particulièrement dans ce que vous écrivez. N’étant pas d’une famille de musicien j’eprouve la plus grande des difficultés pour exprimer ce phénomène solitude du pianiste. Eu delà de ça il m’apparait souvent que même entre musicien nos solitudes ne se partagent pas et restent enfoui en nous même. Au qotidien j’apprécie cette solitude qui nous permet d’évoluer de façon la plus efficace. C’est aussi un défi qotidien d’être a 100% dans son travail sans pouvoir se diriger vers quelqu’un d’autre pour nous lever un poid. Mais cette solitude me pèse souvent aussi car la musique est d’une telle exigence qu’on ne peut pas échapper a de fréquentes frustrations personnelles. On voit ainsi dans bon nombre des »légendes » du piano une psychologie extremement complexe. En bref cette solitude demande un conditionnement qui est dur a gerer. Avez vous toujours gerer cette solitude? Ou face aux périodes de découragement et de frustrations elle est devenu pour vous un peu lourde?

  6. Avatar Pierre-Arnaud

    Je crois que ça fait partie de l’expérience du pianiste. Parfois dans des périodes de découragement, la solitude peut sembler un peu lourde et on peut avoir tendance à beaucoup se plaindre aux autres, c’est vrai. Généralement ces périodes sont difficiles à gérer mais on en ressort grandi et un peu plus mûr. Cette solitude est aussi bénéfique dans notre métier: elle permet une introspection profonde que beaucoup n’ont pas l’occasion d’atteindre. La prendre comme quelque chose de positif m’a beaucoup aidé.

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