Pourquoi avez-vous choisi Prague comme "nid d'aigle"?
C'est une question importante je vais donc y répondre un peu longuement. Tout d'abord, j'ai fait une bonne partie de mes études en France, puis j'ai décidé de partir explorer ce qui se passait à l'étranger. Mon premier et dernier arrêt a été la République tchèque. J'avais en fait décidé de venir ici pour une raison à l'époque simple: les pianistes tchèques m'avaient souvent émus et je voulais comprendre pourquoi. J'ai donc décidé de rentrer au conservatoire de Prague, et j'y ai fait la connaissance de František Maxian, qui me coache encore aujourd'hui. Et j'ai trouvé ici beaucoup moins de réticences de la part des organisateurs de concerts concernant mon répertoire. La musique contemporaine est ici une chose beaucoup plus normale qu'en France et a son public. J'ai ensuite rencontré très vite le compositeur Pavel Trojan Jr, sur la création de sa symphonie R.U.R . J'ai tout de suite apprécié sa musique, et notre collaboration s'est poursuivie avec le concerto pour piano que je créerai à la fin de cette année. J'ai donc ici beaucoup de projets, et la qualité de vie que l'on trouve à Prague est bien supérieure à celle de Paris. Bref je me sens bien et je peux travailler.
Quel est votre moment musical le plus marquant?
Sans hésiter, Maxim Fedotov jouant le concerto pour violon de Tchaikovsky avec l'Orchestre national russe au festival d'automne de Prague en 2005. Un concerto fabuleux, un Fedotov en pleine forme. J'ai souvent entendu ce concerto en concert, mais c'était la première fois que j'en étais autant bouleversé, j'ai presque pleuré de joie!
Rien à voir avec la musique contemporaine, que vous défendez pourtant avec beaucoup de verve?
Non, effectivement, rien à voir. Mais j'aime en tant que mélomane toute la musique. Il se trouve que mon répertoire pianiste à une très forte teneur en oeuvres du XXème siècle, mais c'est qu'en tant que pianiste, je m'y amuse beaucoup. De plus, le répertoire dit "classique" a déjà de nombreux défenseurs qui font leur métier de façon admirable. Si je reprends à mon compte l'expression de Sansom François "jouer au piano plus que jouer du piano", mon terrain de jeu est le répertoire contemporain. Ma bataille est de le faire découvrir et aimer au public.
Qu'est-ce-que vous souhaiteriez perfectionner chez vous?
Beaucoup de choses, mais principalement mes capacités d'organisation, la gestion de mon temps et de mes ressources physiques. Nous devrions recevoir des cours de gestion au conservatoire, afin de bien comprendre comment s'organise un concert. C'est primordial, au moins pour savoir ce que les gens du management font pour nous. J'ai malheureusement vu beaucoup d'artistes qui ne connaissent pas l'envers du décor, et de ce fait n'ont aucune considération pour les équipes qui ont organisé leurs concerts. Concernant les problèmes de temps, on imagine toujours l'artiste un peu bohême, faisant ce qui lui plait au moment où il le veut. Dans mon cas, ce n'est pas du tout ça. J'ai malheureusement peu de temps à accorder aux miens à cause d'un emploi du temps très chargé, et souvent mal géré. Je travaille donc beaucoup, et cela se ressent physiquement.
Quels sont vos projets à moyen terme?
J'ai toujours eu envie de développer à Prague un cycle de récitals consacrés au piano XXème. C'est bien sûr mon répertoire de prédilection, et je sais que beaucoup de pianistes aimeraient s'y intéresser mais n'ont pas encore trouvé la scène qui le leur permettra.
Quel piano avez-vous?
Un Bechstein B. C'est un instrument magnifique, au timbre très particulier, qui me convient pleinement. je regrette qu'on n'en trouve que très rarement dans les salles de concert.
Ecoutez-vous beaucoup de musique?
Oui! Enormément. Principalement de la musique classique. J'essaye d'ouvrir mon horizon musical, de m'intéresser à tout, pour peut-être faire une rencontre au sens Deleuzien du terme.
Quid de l'enseignement?
J'ai beaucoup enseigné en France, mais l'enseignement est, pour moi, incompatible avec le métier de soliste. Il faut beaucoup d'investissement personnel, beaucoup d'énergie, et tout ceci se fait au détriment de mon jeu. J'aime enseigner, mais avec modération. Je ne peux pas enseigner "à la chaîne", j'ai besoin de penser un cours avant de le faire.
Et quand vous ne travaillez pas le piano?
Je lis beaucoup quand j'en ai le temps, je pratique la natation pour essayer de rester en forme. Mais j'essaye de consacrer aussi le maximum de temps à mes amis.